On a beau répéter que l'image prend de plus en plus de place sur le web,
il y a également un élément indissociable de notre toile adorée depuis sa
création : l'écriture, et les différentes formes qu'elle peut prendre.
Je crois d'ailleurs qu'elle occupe une place de plus en plus importante
sur les sites modernes, le design de certains d'entre eux reposant en
grande partie sur le choix, la taille, la couleur et l'emplacement de la
typographie.
Remarque que je parle de web, mais n'importe quelle publication numérique
ou sur papier est concernée au même titre.
Si beaucoup ont tendance à négliger cet aspect, les amateurs de belles
réalisations seront au contraire très attentifs. Que celui qui n'a jamais
vomi devant un document important écrit en Comic Sans MS me jette la
première pierre.
Cependant, lorsque l'on souhaite choisir une police et la mettre en forme
proprement pour n'importe quelle réalisation, l'étendue des possibilités
est gigantesque.
Voici donc un petit guide sans prétention destiné à connaître l'essentiel
sur le sujet.
Quelques notions de base
Polices et fontes
On voit souvent les deux termes utilisés indifféremment, alors qu'on
ne parle pas exactement de la même chose.
En gros la police est l'ensemble des représentations de caractères
d'une même famille, quelle que soit la taille et la graisse utilisées.
En revanche la fonte désigne précisément des caractéristique de corps,
graisse et italique pour une police donnée.
Exemples :
- Arial est une police
- Arial gras 12 point est une fonte
C'est aussi simple que ça.
Serif ou sans serif ? La classification des polices
Afin de mettre un peu d'ordre parmi les multiples possibilités,
plusieurs classifications ont vu le jour au fil des années, dont je te
passerai l'historique (plus d'infos ici)
La plus utilisée aujourd'hui, surtout sur le web, est celle du W3C qui
nous donne les grandes familles suivantes :
-
serif : polices à empattement (exemples : Times New Roman,
Georgia, Garamond...)
-
sans-serif : polices sans empattement (ex : Arial, Helvetica,
Tahoma, Verdana...)
-
cursive : polices simulant l'écriture à la main (ex: Lucida
Handwriting, mais aussi Comic Sans MS (et ouais !))
-
fantasy : polices plus exotiques, décoratives (ex : Impact,
Fraktur...)
(une collection de polices célèbres de films)
-
monospace : polices à chasse fixe (largeur utilisée pour chaque
caractère) (ex : Courier New, Lucida Console...)
Une illustration plus parlante :
Quelle famille de police choisir alors ?
Tout dépendra bien sûr de l'usage que tu vas en faire. Sur des grands
blocs de textes, il faut essayer de ne pas perturber le lecteur, et
préférer des polices sobres et habituelles, type serif et sans-serif
(ou en tout cas proches visuellement de modèles habituels). J'ai lu ça
et là qu'il vaudrait mieux préférer les polices sans-serif sur le web,
plus facile à lire, mais je reste perplexe puisque certains services
dédiés à la lecture comme
Medium
utilisent des polices serif pour le corps du texte.
Quant aux polices plus originales, mieux vaut les réserver aux titres
ou a des blocs de textes courts (citations, mise en valeur...)
La structure des lettres
Il existe un tas de termes barbares pour désigner toutes les
subtilités des caractères.
Un dessin valant parfois mieux qu'un long discours, je pense que tu
trouveras ton bonheur avec ça :
J'ajouterais également deux autres termes : la hampe qui correspond à
la partie au dessus de la Hauteur d'x, et le jambage sous la ligne de
base. (une version anglaise plus complète ici, et
tout un article là)
La taille des polices
Exprimée au choix en point, pixels, ou en valeur relative (em ou %),
la taille désigne en fait la hauteur du corps de la police (cf schéma
au dessus).
Attention cependant, l'affichage pourra rendre complètement
différemment selon la police : 2 polices en 12 points n'auront pas
forcément la même taille et surtout la même largeur.
La graisse
La graisse correspond tout simplement à l'épaisseur du trait, et
permet de mettre en valeur certains mots, titres, paragraphes...
En partant d'une graisse dite normale ou regular (font-weight: 400 en
CSS), on peut aussi bien grossir le trait vers gras, heavy, black
(avec tous les intermédiaires), ou au contraire l'affiner avec léger
(light), extra-light, ultra-light.
C'est d'ailleurs une tendance que l'on trouve de plus en plus souvent
dans le webdesign moderne : des polices de grande taille avec des
caractères très fin.
Bien utiliser les polices, quelques conseils
Ne pas mélanger trop de polices différentes
C'est un défaut que l'on retrouve très souvent dans les publications
amateurs : chaque information sera écrite avec une fonte totalement
différente : une police fantasy pour le titre, une police serif en
gras pour la date, une police sans-serif en italique pour le lieu...
et tout le reste en
Comic Sans MS
bien entendu.
Il est souvent plus prudent de limiter le nombre de polices
différentes sur un même document. Les variations de taille, de graisse
voir de couleur doivent déjà permettre de mettre en valeur les
différents éléments.
Donc avec 2-3 polices différentes, tu devrais t'en sortir.
Les combinaisons de polices
Maintenant que tu connais tout des différentes familles de police, et
que tu sais qu'il ne faut pas trop exagérer sur leur nombre dans un
même document, tu vas pouvoir jouer à les combiner.
Le jeu pour que ça fonctionne est qu'elles soient suffisamment
différentes pour être facilement reconnaissables, mais pas trop pour
que l'ensemble paraisse homogène.
Je trouve l'exemple ci-contre assez parlant. Pas de faute grave sur le
premier exemple, mais en effet la lecture est plus difficile qu'avec
les deux autres, car le contraste entre les deux polices est trop
élevé.
N'oublie pas également que tu peux jouer sur la taille, la graisse, la
couleur, la décoration (plus d'infos (en anglais),
mais aussi ici)
Modifier les polices ?
N'oublie pas également qu'une même police peut-être adaptée selon tes
besoins, car on peut jouer sur la hauteur des interlignes, ou
l'espacement entre les caractères (exemple ci-contre sous Gimp)
La mise en forme des paragraphes
Les caractères, c'est une chose, mais autant les utiliser dans des
ensembles clairs et cohérents
Premier point, la séparation entre deux paragraphes. Pour bien faire
la distinction, tu peux soit laisser un espace libre entre les deux,
soit débuter le second avec un alinéa.
Mais pas les deux ! C'est comme boire ou conduire, ou Julie ou
Valérie, il faut choisir.
("non, t'as pas osé la placer celle là ?" Bah si")
Deuxième point : faut-il justifier le texte ou l'aligner à gauche ?
Autant sur un format d'impression, où l'on maîtrise le rendu final, la
justification peut se justifier (pouet), autant sur le web où l'on
aura autant de rendus différents que de taille d'écran et de fenêtre,
c'est ingérable, et l'on risque de se retrouver avec de
loooooooooooooongs espaces entre les mots.
Donc l'alignement à gauche est très bien, il donne en plus une
meilleure vision des différentes lignes de texte, rendant plus facile
la lecture rapide.
N'hésite pas également à utiliser des grilles sur tes outils de mise
en page pour aligner l'ensemble des textes correctement, et respecter
les espacements.(pour en savoir plus (en anglais))
Attention aux espaces et à la ponctuation !
Voilà bien un truc qui m'énerve, car certains n'ont pas dû apprendre
les règles à l'école :
-
on met une espace après un point ou une virgule (et pas avant !). On
les appelle d'ailleurs des signes simples, et la règle est "signe
simple, espace simple"
-
Pour les ! ? : ; on met une espace avant, une espace après (signe
double, espace double)
-
pour les () [] {} et les guillemets, on met des espaces à
l'extérieur, pas à l'intérieur
Quelle police sur le web ? L'utilité des web fonts
Aux origines du web, nous étions un peu limité en termes de polices de
caractère, puisque pour qu'une police s'affiche sur le navigateur d'un
gentil internaute, il fallait qu'elle soit déjà installée sur son
ordinateur.
Bien heureusement, une propriété CSS a commencé à être pris en compte
de plus en plus souvent par les navigateurs, la propriété @font-face.
Celle-ci permet d'utiliser des polices présentes sur le web, même si
elles ne sont pas installées sur l'appareil qui consulte la page. Des
bibliothèques de polices fleurissent alors un peu partout pour pouvoir
faire son choix parmi des milliers de références.
Google Web Fonts
par exemple est assez performante et facile à mettre en place.
Un article complet sur Alsacréations.
Te voilà désormais incollable sur les polices et la typographie, je
compléterai sans doute cet article si d'autres choses me viennent... et
avec tes commentaires bien entendu.